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Une journée formidable

  • Raphael Sachetat
  • 20 avr.
  • 5 min de lecture


Les Solibad Days. Un drôle de concept. En gros, des journées pour lever des fonds pour notre association. Il faut appeler un chat, un chat. Alors bon, comme il nous faut des sous, on a un peu pompé ce concept sur d'autres — Téléthon, Solidays et consorts. À la différence près, que c'est le monde du badminton qui est ciblé, puisque c'est de cet univers dont nous venons. Et que, quand même, parce qu'on aime aussi faire des choses originales, on a réfléchi à être un peu disruptifs. Il y a 15 ans, les badistes du monde entier ont monté une flash mob dans plus de 100 villes et devant des lieux iconiques. C'était tout simplement magique.


Cette année, à Bry-sur-Marne, on a essayé de faire une deuxième édition des « Intervilles », avec nos amis de Champs-sur-Marne, Noisy et Le Perreux. Le principe : reprendre l'idée de l'émission de Guy Lux, en faisant s'affronter 4 villes en course, canoë, badminton et pétanque. Résultat des inscriptions une semaine avant l'événément ? Le flop. Peut-être que les gens sont trop sollicités, tout le temps. Malgré la belle première édition, cette fois-ci, personne ne semblait intéressé. Las, peut-être, de nos sollicitations trop nombreuses. Personne au Perreux. Personne à Champs. Dont acte. Mobiliser est de plus en plus compliqué. On jette l'éponge ? Bien sûr que non. Résilients, on change de formule. Plus de compétition, mais une journée de découverte, simplement, autour des Bryards et Noiséens. Aussi et surtout pour faire passer aux enfants de la Maison de l'Enfance Léopold-Bellan une journée loin de leur quotidien pas toujours drôle. Car c'est aussi cela, voire même avant tout, l'objectif de la journée.


On relance les appels, aux proches, aux potes. Et finalement, en quelques jours, les créneaux se remplissent. Finalement beaucoup de monde s'inscrit. Tant mieux. Il faut quand même réussir à lever un peu de sous…

Samedi 18 avril. Il fait beau, doux. Le Canoë-Kayak Club de France et son adorable président Laurent nous ouvrent leurs portes avec toujours autant de gentillesse et de générosité. Les enfants débarquent dans leur minivan, surexcités. Des visages connus — certains étaient là l'année dernière. D'autres, nouveaux, sont plus timides. Le reste des invités arrive. Pointage en règle, les équipements sont distribués, les consignes données par les fantastiques bénévoles du club. Grands et petits embarquent sur un C9, ces grands canoës à 9 places. Bon an, mal an, dans une harmonie des pagaies imparfaite mais une symbiose des âmes, des sourires plein les visages, l'épopée fait le tour de la Marne. Ça couine un peu quand les plus petits fatiguent. Ça rassure, ça encourage du côté des grands. Tiens, de la bienveillance ? Denrée rare. Retour au bercail, un pique-nique aux petits oignons préparé par Caroline, sous le soleil, exactement, pendant qu'un autre groupe rame en direction de l'île d'Amour. Forcément.

Puis le badminton, dans un gymnase pas loin. Loïc a préparé des ateliers. C'est parfois compliqué — les petits veulent vite jouer pour imiter les meilleurs, qui tapent à côté. Impossible sans savoir servir ou tenir correctement sa raquette. Il faut alors faire preuve d'imagination et de — beaucoup de — patience pour réussir à faire faire des choses plus de quelques minutes. On en perd un peu sa voix. Ça se chamaille. Les enfants sont durs, n'écoutent pas, souvent incapables de se concentrer plus de quelques minutes d'affilée. Mais, çà et là, les premiers échanges, les premiers motifs de satisfaction. On valorise. Denrée rare. Ça prend, doucement. Les premiers sourires apparaissent derrière les raquettes, les premiers "clacs" résonnent quand les volants s'envolent enfin.

Et puis, dans un coin du gymnase, un homme au veston clair s'installe. Un ancien instituteur qui a préféré faire le pitre et faire rêver, en devenant magicien. Les enfants s'installent, circonspects, d'abord. L'attention est totale, tout d'un coup. La curiosité sur tous les visages. L'incrédulité. Ils sont hilares, participent au spectacle. Ébahis. La magie opère.


La surprise de Kim a fait mouche, encore une fois. Les tours se succèdent, impressionnent les enfants. L'histoire de la petite fille au ballon qui doit à tout prix rester heureuse malgré l'adversité, touche tout le monde. On sent l'émotion, très pudique, mais très forte, de tous ces bambins qui ont atterri dans cette belle Maison bryarde suite à des traumatismes, des familles parfois dysfonctionnelles, des amours maladroits, des accidents de la vie, des drames qui laissent des empreintes indélébiles. Avec, souvent, pour seul moyen d'expression : la contestation, la provocation, les gestes brusques.


Nous, adultes, nous ne comprenons pas trop comment ils peuvent être parfois aussi casse-pieds, aussi compliqués à gérer, alors qu'en vrai ils vivent l'une de leurs plus belle journée de l'année. Difficile d'imaginer que leur moyen d'expression est la vindicte, la chamaillerie, alors qu'ils « kiffent » toute cette attention — souvent sans même comprendre pourquoi eux, les « vilains petits canards », font l'objet d'autant de soin. Un paradoxe qui nous a pris du temps à intégrer.


La jolie fête, pour eux, s'achève autour d'un goûter. Il faut repartir dans le minivan. Mais avant cela, certains — parfois les têtes de mules — viennent maladroitement nous faire un câlin, comme ça, venu de nulle part. Un « merci » droit dans les yeux, sincère, qui en dit long. On comprend alors qu'on a bien fait, finalement. Que la gratitude est là, même si elle se cache parfois derrière des comportements difficiles. Certains autres, adorables tout au long de la journée nous interpellent par nos prénoms, un grand sourire en bandoulière. "A bientôt, hein ?"


Du côté des grands, nos autres invités, le tournoi prend fin dans la joie et la bonne humeur. Marc a encore fait des miracles avec pas grand-chose. On prend ses cliques et ses claques, direction le terrain de pétanque, à quelques centaines de mètres. On change de génération, mais toujours la même générosité. On se mélange avec les aînés, qui nous montrent comment on pointe, on tire — carreaux d'illustration à l'appui. Le soleil est toujours là, plus diffus. Les visages, ridés ou non, sont beaux sous cette lumière de fin d'après-midi de printemps. Pas de « fanny », mais l'apéro est quand même servi, avant un petit repas en plus petit comité, entre irréductibles Solibadiens.


La journée s'achève avec ce mélange d'émotions, de paradoxes. Éreintante, difficile, belle. Au-delà du petit pécule accumulé qui fera sans doute des miracles en Indonésie ou à Madagascar, le sentiment du devoir un peu accompli. Les retours des éducateurs de la Maison de l'Enfance sont unanimes, au lendemain de la fête : les enfants ont adoré, ne cessent d'en parler à leurs copains. Voilà, on s'en doutait, même si cela ne paraissait pas totalement évident pour certains. Mission remplie, donc.


Un peu partout en France, les Solibad Days continuent cette semaine. Nos amis de la +2Bad Academy de Rennes ont mis les petits plats dans les grands, avec une activité par jour et un programme magique. Les clubs de France organisent leurs manifestations caritatives en toute autonomie et originalité, des Sorinières à Vienne-Glane en passant par le Badminton Cotissois. Les belles énergies se mobilisent un peu partout pendant encore une semaine…et on se dit qu'on a décidemement une bien belle communauté... Et si le coeur vous en dit... les dons, pour les Solibad Days, c'est par ici...

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