Les « Plumes de l’espoir » pour les enfants réfugiés

02Solibad s’est rendu au camp de la Linière, en banlieue de Grande Synthe, dans le Nord. Pour y faire jouer des enfants issus des familles réfugiées de ce camp, et réfléchir à un moyen de créer un lien, provoquer des rires, avec une raquette et des volants. Récit.

Par Raphaël Sachetat, Président-fondateur de Solibad. Photos : Olivier Duband/Solibad

13h, le 17 juillet 2016. La bretelle d’autoroute est en vue, et on l’aperçoit, de l’autre coté de l’autoroute. Un no man’s land, avec quelques baraquements géométriquement agencés, en bois. On prend la sortie, mais la bretelle indique un cul-de-sac. C’est pourtant bien là. Un peu plus loin, le service de sécurité nous arrête avec le sourire. Nous sommes attendus, notre voiture peut continuer sa route sur les graviers poussiéreux. Les quelques personnes rencontrées sont d’abord des Français ou Européens arborant des vestes, T-shirts aux couleurs de l’une des nombreuses associations – 42 exactement – qui officient ici. Les sourires sont de rigueur, les poignées de main franches et humaines, forcément. La Mairie de Grande-Synthe a gentiment validé notre escapade, et nous met rapidement en lien avec des responsables d’Utopia 56 et de l’Afeji, les deux organismes en charge de l’organisation du camp en lien avec l’Etat.

IMG_5478Les choses ici sont ordonnées, fonctionnent – c’est une évidence. Nous racontons l’objet de notre venue, nos kits de bad en bandoulière. On nous fait une rapide visite des parties communes du camp, qui n’a rien à voir avec la jungle de Calais, dont nous avions tous vu des images à la télévision. Des hommes seuls vivent ici, des jeunes, des moins jeunes. Des familles, avec des enfants – une centaine, a priori, mais les décomptes sont impossibles, avec des dizaines de personnes qui disparaissent du jour au lendemain, sans crier gare, ayant trouvé un passeur la nuit d’avant. On arrive jusque devant l’enceinte de la maison des enfants, où une jeune anglophone donne des cours à huit élèves studieux. On leur demande s’ils veulent jouer avec nous. Ils ne savent pas trop, mais finalement nous suivent dehors, sous le cagnard, où nous installons en plein vent nos deux kits de badminton avec des filets dont il faut lester la base avec de gros cailloux. Il fait une chaleur étouffante mais une petite brise nous rafraîchit en même temps qu’elle menace l’activité – 5 grammes pour le volant, c’est très léger et cela s’envole facilement.

IMG_5570Après les froncements de sourcils des têtes blondes – ou brunes en l’occurrence – les premiers sourires font leur apparition. Puis des vrais éclats de rires. Quelques timides enfants des baraquements avoisinants s’aventurent près de notre terrain de jeu d’infortune, sans oser demander à participer, mais très vite, nous leur proposons de rejoindre la troupe de mini badistes. D’autres sont des durs à cuire, malgré leur petite dizaine d’années. Ils n’hésitent pas à venir arracher les raquettes des mains de ceux qui jouaient tranquillement. Il faut faire un peu la police – ici, le monde est tout autre, la politesse n’a pas le même écho pour ceux qui ont du se battre pour survivre jusque là. Il est des essentiels qui dépassent le savoir-vivre. Alors on s’adapte, on explique, et on finit par trouver un moyen de faire participer tout le monde, chacun son tour, dans une atmosphère conviviale. Deux ou trois sont vraiment doués. Les volants – malgré le vent – repartent vite et bien, les smashs fusent en même temps que nos petits champions expriment leur fierté de maîtriser ce nouvel art. Des garçons, des filles, de 3 à 15 ans environ – c’est difficile à dire – tournent autour de notre filet de fortune. Certains s’échappent avec une raquette pour aller la cacher et espérer sans doute rejouer sitôt ces « drôles d’étrangers » repartis… D’autres frappent vivement les raquettes par terre après un coup manqué. Ici, la frustration se paye cash. Et les raquettes en prennent pour leur grade.

IMG_4715Mais en quelques minutes, le respect est acquis, les règles du jeu comprises – pas celles de la Fédération Internationale, mais celle de la vie en société, du jeu en partage. La séance se finit peu à peu. D’autres enfants arrivent, et veulent continuer à jouer. Ceux qui sont là depuis le début sans broncher, nous parlent maintenant plus facilement, avec un mélange de Français, d’Anglais, d’Allemand pour certains, preuve de leur transit dans d’autres lieux de passage. Ailleurs. En attendant une vie meilleure. Un papa regarde son fils qui tape ses premiers volants, avec une infinie tendresse. Quelques paroles échangées avec lui – avant qu’ils ne rejoignent leur baraquement de quelques mètres carrés – nous font bien comprendre que cet homme est issue de l’élite intellectuelle Iranienne. Il s’exprime dans un anglais parfait et porte un petit cartable neuf en attendant son fils. Il cherche à rejoindre l’Angleterre à tout prix. Pour une nouvelle vie, en repartant sans doute de zéro. D’autres nous disent leur origine : irakienne, syrienne. « Demain, Maître, tu reviens jouer avec nous » lance une petite fille ? Hélas non, mais, nous allons essayer de venir jouer régulièrement avec vous. Nous, ou d’autres, avec les mêmes t-shirts arc-en-ciel, qui seront tout aussi chanceux et ravis de vous rencontrer, c’est sûr.

IMG_5039Et maintenant ?

La prise de contact a été brutale. Forte. Chargée d’émotions, pour nous qui n’avions jamais été au contact de populations déplacées – en tous cas pas dans ces conditions. Nous y avons apporté un petit peu de légèreté, pendant quelques heures, mais nous repartons de la Linière avec un espoir que Solibad pourra apporter bien plus. Avec le temps, et avec l’aide des acteurs locaux. A la sortie du camp, d’ailleurs, des médiateurs de Médecins sans Frontières, adorables, nous expliquent que le badminton pourrait parfaitement coller pour les activités en suivi médical qu’ils cherchent à mettre en place pour les mineurs du camp, désœuvrés, livrés à eux-mêmes pour certains.

IMG_5367Alors, pourquoi le badminton dans un camp de réfugiés ? Tout d’abord, parce que cela peut devenir une activité récurrente et amusante pour tous ces enfants, qui sont certes pris en charge par des associations formidables pour le coté académique, mais qui n’ont encore rien de récurrent pour se défouler. Pas de sport. Et que le badminton peut répondre à cette demande. Notre idée est donc de proposer une action de visite et de jeu réguliers, encadrée par les clubs de la région. Peut-être une fois tous les 15 jours, voire plus souvent si possible. Pour que ceux des enfants qui sont là depuis longtemps – certains sont à Grande Synthe depuis plus d’un an – puissent avoir une activité régulière sportive, mixte, amusante, facile d’accès. Avec le double intérêt de provoquer des liens entre ces enfants – leurs parents – et ceux qui viendront les encadrer. Mais également de montrer à ces populations qui n’ont eu, pour la plupart, pas le choix que de quitter leur pays d’origine où ils ont tout laissé, que les populations locales ne sont pas forcément hostiles à leur présence ici. Et que le monde s’ouvre dans les deux sens. A terme, nous aimerions que ces enfants de réfugiés que le badminton passionne, puissent venir sur les créneaux réguliers dans les clubs locaux, pour rencontrer des badistes accueillants, ouverts. Pour créer des liens, ne serait-ce que temporaires. Pour que le badminton devienne un lien social et que, d’activité ludique, il devienne une bouée d’humanisme que nous estimons essentielle pour ces enfants à qui la vie tourne le dos depuis trop longtemps. Et même si cette perspective lointaine d’avoir des enfants du camp participer aux créneaux réguliers parait un peu compliquée à gérer (quoique ?), le fait de savoir simplement que nous avons réussi à apporter un peu de bonheur, de légèreté et de rires lors de courts moments à ces enfants, est pour nous déjà un succès.

04L’appel.

Alors voilà, vous savez tout, ou presque. Maintenant, ce projet que nous savons possible et que nous allons essayer de décliner en France dans d’autres camps mais également en Suisse, ne pourra réussir sans votre aide : vous, particuliers badistes qui habitez à distance raisonnable de ce camp de la Linière et qui pouvez tout à fait vous investir individuellement. Vous, les clubs du coin, qui avez la structure, les créneaux d’accueil, les forces vives pour donner à ce projet tout le sens qu’il mérite ! Nous en appelons donc à votre solidarité – les clubs Solibad connaissent déjà nos desseins. Les autres peuvent nous rejoindre. Les comités et la Ligue régionaux ont là aussi un rôle primordial de relais d’information. Nous pourrions, dès la rentrée, mettre en place un programme régulier de visite, avec votre enthousiasme et juste quelques heures de votre temps. Croyez-moi, ces quelques instants passés sous la chaleur, la poussière et le vent, avec des enfants difficiles pour certains, adorables pour d’autres, nous ont apporté beaucoup plus que nous ne pouvons l’exprimer aujourd’hui. Malgré la difficulté des conditions de vie rencontrées là bas, nous en sommes repartis plein de joie, plein d’espoir. Riches et fiers d’avoir pourtant fait si peu. Le volant est maintenant dans votre camp…

A vous tous, qui n’habitez pas près d’un camp de réfugiés, n’hésitez pas à partager cet article. C’est peut-être le cas d’amis badistes à vous qui auront peut-être à cœur d’apporter leur volant à l’édifice de ce programme Solibad en devenir. Et pour nous contacter : raphael@solibad.net